Je n'y croyais plus, je pensais le cinéma mort et enterré sous les coups de massue du wokisme et de la débilité/vulgarité ambiante. Et soudain... ce miracle sorti de nulle part : Everybody Digs Bill Evans, biopic génial sur le génial jazzman en cette année funeste pour la littérature (Cf. le Prix du roman FNAC 2026) et le 7ème art.
Enfin un film d'aujourd'hui sans démagogie à deux balles, qui a le courage - et l'intelligence - de ne pas prendre les spectateurs pour des crétins, qui ne les prend pas non plus par la main pour les embrigader en douceur, qui ne gamberge pas dans le pathos, qui ne surligne pas et qui ne fait ni mal au crâne ni aux yeux. Une œuvre qui remet l'église cinéma au milieu du village global en ruines.
Je pensais vraiment que cette année 2026 avait scellé le sort du cinéma, désormais bouffé par le wokisme, l'IA et les effets spéciaux numériques aussi hideux qu'omnipotents.
Mais une lumière vient éclairer cet antre de l'enfer à la toute fin de l'année, comme pour la sauver.
Ni musical à proprement parler, ni hagiographique, ce film suit Bill Evans dans ses errances après le décès accidentel de son contrebassiste Scott LaFaro, pérégrinations qui le conduisent à être hébergé d'abord chez son frère - dont la vie de famille rangée offre un contraste saisissant avec l'état de dérive dans lequel se trouve Evans à l'époque -, puis chez ses parents, avec des escapades nocturnes chez une amie-partenaire de drogue, comme un parcours de résilience passive. Le tout émaillé de drames subis par le musicien prodige.
Les quelques sauts dans le temps sont ainsi parfaitement maîtrisés par un usage du noir et blanc (superbe noir et blanc) et de la couleur, tout en intelligence,
Et contrairement à ce que cette austérité de façade pourrait laisser penser, ce n'est pas du tout un film dépressif.
Car le délabrement physique et moral accroche tellement la pellicule sans effets autres que la beauté de l'image (tout le contraire du navet Last Days consacré à Kurt Cobain), qu'il en devient captivant, tant il nous renvoie à nos propres détresses quand, en société, on est incapable de donner le change, situation prêtant à des scènes cocasses ici. Spoiler : il y a des dialogues d'anthologie, une sacrée matière humaine en harmonie avec la musicalité de la vie du jazzman.
Le réalisateur, Grant Gee, ne tombe pas dans le piège de l'intellectualisation facile, dans la psychanalyse de bazar, et ne se laisse pas impressionner par la figure écrasante de son sujet. Au contraire, le film se met à hauteur d'homme, on rit, on sourit, on est porté par cette histoire, ces acteurs prodigieux, ces tranches de vie vraie (Bill Evans retourne vivre chez ses parents à 30 ans et ces séquences du quotidien nous renvoient à la relation que nous avons pu avoir avec nos parents, tous les détails sont délicieux, chaque scène est un monument d'universalité de cet intime particulier).
Et pour ne rien gâcher, le cinéaste, pas manchot, nous gratifie d'un climat à la petite musique lynchéenne.
Alors oui, comme par enchantement, le cinéma reprend vie devant nos yeux.
Everybody Digs Bill Evans n'a donc rien d'un film d'auteur à la petite semaine prétentieux, il est tout le contraire : ambitieux, vivant, fort, vibrant.
Que vous aimiez le jazz ou non (ce n'est pas un film sur le jazz mais bien sur l'épreuve douloureuse d'un musicien traversé par le deuil), si vous aimez le cinéma - le vrai, le grand, le beau, le touchant -, alors ce biopic est fait pour vous, et vous ne vous en remettrez pas de sitôt.
Sortie en salles en France le 9 décembre 2026.
Et juste avant, le 27 novembre, pour patienter entre de bonnes mains, vous pourrez allez voir le concert exceptionnel du groupe culte Les Avions, reformé le temps de cette soirée pour fêter le quarantième anniversaire de leur tube "Nuit Sauvage".
Ça se passe au théâtre Les Etoiles à Paris, événement à ne pas rater.
Et eux au moins ne chantent pas en playback, contrairement à beaucoup d'autres qui se produisent en ce moment (dont une Céline quelque chose) !
Alors, en attendant le biopic Everybody Digs Les Avions, réservez rapidement votre place si vous voulez avoir une chance de monter au 7ème ciel le 27 novembre !


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