mercredi 11 mars 2026

♫ Archive Bakchich : chronique de "A tout moment" de Eiffel

 



De 2008 à 2011, j'ai collaboré au média Bakchich (sorte de Canard enchaîné du net) où j'étais chroniqueur musical.

Depuis, le site Bakchich.info a disparu et ses archives avec.

Je vais donc republier ici mes chroniques publiées à l'époque.


Aujourd'hui, place à l'album A tout moment du groupe Eiffel, sorti en 2009 :


« A tout moment », EIFFEL s’obstine à faire du vrai rock


Le 5 octobre, jour de sortie de l’album d’Eiffel, tous les médias mainstream – presse et radios - annonçaient l’« évènement » discographique de la semaine. J’ai pensé « Ah, enfin, Eiffel commence à être reconnu à sa juste valeur ». Je monte alors le son des infos : l’évènement en question s’appelait Danny Brillant.


Alors je sais bien, nous sommes en France, on doit payer les élèves pour qu’ils viennent en cours, Frédéric Mitterrand est ministre de la culture, mais on ne s’habitue pas au pire.

Cet album, A tout moment, est une œuvre forte, une de plus dans la discographie d’Eiffel. Les 4 albums studio incarnent le contraire de la tiédeur, vous savez, ce carburant de la production musicale actuelle, et qui n’est sans doute pas étrangère à la fameuse crise du disque.

Eiffel a émergé sur les radios rock en 2002 avec un single hypnotique, « Tu vois loin », extrait de l’album Le ¼ d’heure des ahuris. La magie à l’état pure : Eiffel sort de son chapeau l’inextinguible mélancolie qui habite le fond des yeux du rocker français et la pare d’espoir. Après le coup d’essai pop-rock Abricotine (2001), contenant le pamphlet poétique « J’ai poussé trop vite », Eiffel confirmait son potentiel de grande puissance nationale.

Aujourd’hui, le groupe de Romain Humeau livre A tout moment, avec encore une belle brochette d’hymnes rock imparables : « Minouche », « A tout moment la rue », « Sous ton aile » (2ème single obligatoire), « Cet instant-là » (troisième single obligatoire), « Nous sommes du hasard », « Clash ». Seul le dernier titre, « Ma nébuleuse mélancolique », laisse entendre un groupe un peu en deçà de son potentiel, en pilotage automatique.

Sur le reste, les Eiffel prouvent qu’ils en ont sous le capot, en bons disciples de Léo Ferré et du rock anglo-saxon « tendu » (XTC, Sixteen Horsepower, Pixies), et en frères de cœur de Noir Désir. Cette dernière influence est revendiquée principalement pour avoir donné envie à Romain de « cracher la voix ». Mais il y a une dimension harmonique dans Eiffel qui est très particulière et qui ne s'apparente pas au rock : Debussy, Ravel, la musique modale, indienne... et cela s’entend une fois de plus dans ce nouvel album.

On espère, à la suite de la tournée, la sortie d’un live aussi émouvant et flamboyant que celui livré sur l’antenne du Mouv’ le vendredi 6 novembre, pendant que la ménagère de moins de cinquante ans vibrait devant "Le Plus Grand Quiz de France" sur TF1.


Edit 2026 : Ils avaient un hymne pour les Gilets jaunes, "A tout moment", mais ils se sont tus, comme la plupart de nos rebelles du rock français... 

La trouille de perdre des subventions, des dates de concert, d'être traités de populistes par la doxa médiatique (macronienne donc).

Bon, musicalement, ils ont encore sorti deux bons albums après (Foule monstre et Stupor Machine), et ils viennent d'en sortir un nouveau l'année dernière, que j'écouterai peut-être un jour. 

Par contre, si vous voulez faire chier vos cons de voisins (si vous avez le malheur d'en avoir), rien de tel qu'un album d'Eiffel à fond les mannettes (volume 11) pour les rendre fous.


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