Depuis, le site Bakchich.info a disparu et ses archives avec.
Je vais donc republier ici mes chroniques publiées à l'époque.
Aujourd'hui, place au double album La Superbe de Benjamin Biolay sorti en 2009 :
Benjamin Biolay sort un bijou double, La Superbe, à ranger à côté de Histoire de Melody Nelson, pour faire La Superbe Histoire de Melody Nelson.
Il y a des grandes gueules comme Jean-Louis Murat qui sortent de bons disques et il y a des petites gueules qui sortent des disques géniaux. Ce double, La Superbe, est une œuvre d’Art, un chef-d’œuvre (avec pourtant Jeanne Cherhal dedans, je vous raconte pas l’exploit), la gélatine gonflée du négatif de la vie poétisée. L’esprit de Philippe Léotard n’est pas loin. C’est bien simple, cet album est LE seul actuellement qui vaille d’être écouté si on veut comprendre ce que c’est que d’être vivant : un carrefour de vibrations mélancoliques, de bords de mer naufragés dans nos affects, des cuivres tragiques, des arrangements cinématographiques (le long plan séquence textuel de « Brandt Rhapsody » - correspondance d’un couple, de la naissance du désir à la fin de la relation, noyée dans les habitudes du quotidien -, sublime et paralysant).
Benjamin Biolay a bâti le triptyque d’une vie d’artiste avec ses albums A l’origine, Trash yéyé et La Superbe. Et il a une fois encore enregistré une chanson parfaite : « Night shop ». Qui a dit que la perfection, cette chose non subventionnée, n’existait pas ?
Heureusement, La Superbe existe maintenant. Voilà ce qui restera de la chanson française quand elle sera élaguée de tout le purin contemporain - ce purin d’idéaux où tout fabrique des sots comme dirait Murat -, long travail que seul le temps peut effectuer.
Quelle aventure, La Superbe ! Disque à l’intelligence des sens, des mots, des climats, des mélodies, « 15 août », « 15 septembre », la boucle conceptuelle est bouclée, le Beau est en boîte. Biolay peut mourir (« le plus tard possible » selon l’expression consacrée de Thierry Roland). Grâce à lui, Johnny c’est fini, la mafia des bons sentiments qui gangrène ce petit monde de la chanson française vient de se prendre le coup de boule qu’elle mérite. On le sait, les politiques ne démissionnent pas en France, quels que soient les faits qui leurs sont reprochés. Cette arrogance aussi gangrène le pays. Et les autres chanteurs, que vont-ils faire maintenant que ce disque est sorti ? Vont-ils avoir le courage de démissionner ? De se retirer, de nous foutre la paix, de laisser l’espace radiophonique et télévisuel à Biolay, qu’on respire enfin, comme semble nous y inviter le visuel de l’album. D’ailleurs, que voit-on sur cette pochette : le grand soir sur la morne plaine ensablée. Suivez le guide Biolay, on y est presque !
Edit 2026 : Biolay a perdu beaucoup de sa superbe depuis cet album. Le changement, c'est maintenant, etc.
D'ailleurs, je l'ai complètement perdu de vue après.
Il a été le seul à l'époque, avec Yann Tiersen, à ne pas avoir donné suite à une demande d'interview. Les pieds de ces gens ne touchaient déjà plus terre.
Et il avait refusé de participer à mon bouquin sur Murat Coups de tête sous prétexte que l'Auvergnat l'avait insulté en interview. Aujourd'hui, on dirait qu'il n'est pas rancunier sur le dossier Murat, à en croire les éloges qu'il lui lance régulièrement.
Me revient en tête cette phrase de Françoise Hardy : "Benjamin Biolay était meilleur quand il n'avait pas de succès." On ne saurait dire mieux : après La Superbe, on n'a pas vraiment eu L'Homme à tête de chou... (même si...)

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