De 2008 à 2011, j'ai collaboré au média Bakchich (sorte de Canard enchaîné du net) où j'étais chroniqueur musical.
Depuis, le site Bakchich.info a disparu et ses archives avec.
Je vais donc republier ici mes chroniques publiées à l'époque.
Aujourd'hui, un papier à part, consacré à la séparation tonitruante de Noir Désir survenue officiellement le 30 novembre 2010 :
NOIR DESIR : Du silence sous les plaies
30 Novembre 2010, c’est officiel : Noir Désir ne survivra pas aux folles spéculations placées sur son nom, comme on mise sur une licorne chimérique dans une course où les handicaps ont trop tiré sur la corde. Décryptage d’un carnage.
Beaucoup de rockers de France savent que Noir Désir est mort bien avant 2010. Pas en 2003, non. L’âme de Noir Désir s’est envolée en 1996, avec le départ de Frédéric Vidalenc, le premier bassiste du groupe.
A partir de l’album 666.667 Club, on avait bien senti qu’un ressort s’était cassé. D’ailleurs, Serge Teyssot-Gay – le guitariste mutin - sortit cette même année 1996 son premier essai solo : Silence Radio, premier signe de distorsion. Les chants en mal d’aurore du combo girondin avaient blanchi au contact de la nouvelle prose javellisante de Cantat. La voix aux effrois munchéens s’était brisée à la sortie de la tournée Tostaky, dans le long, immense et raisonné dérèglement des sens qui cannibalisait le quatuor rock. Il faut avoir vu les concerts de cette tournée, et notamment sur les festivals d’été 1993 (dont Les Eurockéennes constituèrent un climax tsunamique) pour mesurer l’abîme dans lequel se perdit l’insubmersible Noir Désir à partir de 1996.
Il y a d’abord eu cette fameuse opération des cordes vocales de Cantat, en 1994, qui allait obliger le performer à se contenir sur scène pour la première fois depuis les débuts du groupe. Les concerts de la tournée 666.667 Club allaient confirmer qu’un changement s’était opéré. Un petit quelque chose de la magie d’antan s’était volatilisé. Mais quoi ? Sur l’album, il y avait bien des morceaux de bravoure comme « Song for JLP », faisant encore illusion. Mais Noir Désir était devenu un groupe de bourrins comme les autres, bien français.
Jusqu’en 1993, Cantat et sa bande étaient les Doors de l’hexagone, ni plus ni moins. Le chanteur était capable de faire peur à 80000 personnes. Ses ululements possédés, sortis de l’ère glaciaire, remuaient les tripes ferrailleuses de ses acolytes. Ses mouvements bourrus accaparaient l’attention, et, sur « Sober Song » ou la reprise titanesque du « I Want You » des Beatles, les inflexions vocales procuraient les frissons de l’angoisse. Ils venaient de succéder à Jean-Louis Aubert sur la grande scène, c’était un peu comme un bain de minuit en eau trouble après un bain de pieds en évier écarlate (bruni ?).
Bien sûr, il était impossible de prolonger une telle intensité émotionnelle, humaine et musicale sans séquelles. On sait où tout cela a conduit Syd Barrett.
Mais il n’y avait pas que ce problème de voix. Il y avait cette intransigeance extrême, qui finissait par relever de la parano ou de la bêtise. Avoir du succès et refuser certains plateaux télé au seul prétexte qu’ils ne sont pas dignes, pas fréquentables, est-ce digne ? Est-ce réellement une question d’éthique ?
Les Sex Pistols passaient bien dans les émissions de début de soirée, ils n’ont pas fait le cultissime "Saturday Night Live" uniquement pour des problèmes de passeports. Personne n’est mort d’être passé à la télé, à part Loana et Patrick Sabatier.
Ironie de l’histoire, Noir Désir est aujourd’hui régulièrement évoqué dans les journaux d’information, là où tout a commencé en juillet 2003 (plutôt mal d’ailleurs, puisque Bertrand Cantat avait changé de prénom à Vilnius : les journalistes-prompteurs évoquaient un certain Bernard Cantat). Todo está aquí.
Sur la pique adressée à Jean-Marie Messier en 2002, lors des Victoires de la Musique, selon laquelle J2M et eux n’étaient pas du même monde, précisons qu’ils avaient dit la même chose d’un Jean-Louis Aubert venu leur rendre visite dans les loges aux Eurockéennes. Lui qui rêvait d’un autre monde, il a été servi.
Vraiment, le noir des marécages leur allait mieux, de 1987 à 1993, que le costume de chevalier blanc qu’ils ont endossé à partir de 1996. Des visages des figures a soufflé le mot de la fin, dans la face du destin. Le vent le portera, lui aussi, vers des contrées sombres, noires, sans désir, jusqu’en novembre 2010.
Edit 2026 : « Je ne rajoute ni n’en retranche rien. Et ne prendrai plus la parole à ce sujet, inutile de me solliciter ».

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