De 2008 à 2011, j'ai collaboré au média Bakchich (sorte de Canard enchaîné du net) où j'étais chroniqueur musical.
Depuis, le site Bakchich.info a disparu et ses archives avec.
Je vais donc republier ici mes chroniques publiées à l'époque.
Aujourd'hui, place à l'album Quinze chansons de Vincent Delerm sorti en 2008 :
Vincent Delerm : l’album de trop, encore ! (ou Que reste-t-il de la nouvelle Nouvelle Chanson Française ?)
Si Vincent Delerm avait chanté la Marseillaise avant le match France-Tunisie du 14 octobre dernier au stade de France, tout le monde aurait approuvé les sifflets, sans polémique possible.
La voix pose problème, c’est un fait. A la première écoute, à la deuxième, et aussi à la vingtième de Quinze chansons. Après, on n’y pense plus car il y a des choses plus importantes dans la vie : la récession par exemple, et la crise (de PPDA surtout, l’écrivain qui a du mal à tourner la page). Mais finalement, le phénomène d’accoutumance réserve des surprises : autant il est impossible de s’habituer à la peur ou à la laideur des chansons de Christophe Maé, autant la voix de Vincent Delerm - à condition d’être particulièrement de Montmartre ou aquoiboniste gainsbourien patent -, ne laisse pas insensible une fois les défenses immunitaires tombées, une fois la molle résistance auditive passée.
Bon, il y a quand même sur ce disque des chansons intéressantes : « Tous les acteurs s’appellent Terence », la salement mélancolique « Et François de Roubaix dans le dos », la tubesque « Un temps pour tout », « 78 543 habitants » et sa solitude glaçante, « Monterey », « La vie est la même » enfin. Ça en fait six (allez, six et demi avec l’interlude « From a room », c’est ma Bonne Action de 2009), de quoi faire un mini-album solide donc. Le reste est, au mieux, anecdotique (« Shea Stadium »), au pire digne du répertoire de Patrick Sébastien (« Un tacle de Patrick Vieira n’est pas une truite en chocolat »). Avec des chansons comme celle-ci, Delerm tend la pelle pour se faire enterrer artistiquement.
Pour le reste, le musicien entretient ce côté chansonnier rétro assumé qui, s’il faisait son petit effet sur les précédents disques, opère ici péniblement, laborieusement. Le succès artistique et commercial de Thomas Dutronc dans cette catégorie a porté un coup sévère à la concurrence, et l’œuvre d’un Benjamin Biolay évolue d’une façon autrement plus captivante (mais est-ce encore comparable ?). Il manque de toute évidence une direction artistique cohérente à ce nouveau recueil delermien. Le chanteur serait peut-être bien inspiré pour le prochain de renouer avec son collaborateur-arrangeur des deux premiers albums, Cyrille Wambergue, qui avait su à l’époque apporter une patine majestueuse aux compositions, une solidité martiale aux orchestrations.
Si l’œuvre de Delerm marque le pas, le musicien peut néanmoins s’enorgueillir de ne plus être considéré comme un « artiste France Inter » (ça tombe bien puisque Stéphane Guillon – son ennemi intime – y cartonne tous les matins) et alors qu’il refusait au début de s’exposer dans les talk-show populaires, on le voit assurer depuis le précédent album studio sa promo chez Ruquier notamment (crise du disque oblige ?).
Quinze chansons fait partie de ces albums français dont la moitié des titres indiffère, mais dont l’autre moitié convainc sans peine au bout de quelques écoutes, dont l’abrasif et entêtant « Un temps pour tout » (qui mériterait la « victoire du gimmick de l’année » aux prochaines Victoires de la Musique si cette catégorie existait).
Quinze chansons aurait pu être un mini-album presque parfait, il se serait appelé Six chansons et demi. Allez Vincent, pour le prochain, fais-nous un double album !!
Edit 2026 : Ah, l'insoutenable légèreté Delerm... Paraît-il qu'il existe encore, tant mieux pour lui. J'ai écrit un petit bouquin sur lui, je l'ai rencontré, c'était sympa sans plus, il m'a payé le café je crois.
Si son nom pouvait sonner anachronique dans le bon sens du terme à l'époque, j'ai l'impression qu'aujourd'hui il est plutôt anachronique dans le mauvais sens du terme. Me trompe-je ? Ses albums se vendent à 3 euros (état neuf) sur Amazon, il devrait en faire une chanson. Putain, c'est pas cette chronique qui va nous réconcilier encore.
Allez, je vais acheter son dernier album pour me faire pardonner. (enfin, je vais attendre qu'il soit à 3 euros)
Vincent, si tu nous lis - et j'espère que ce n'est pas le cas -, on rigole ! (mais Amazon c'est pas une blague).

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