mardi 10 mars 2026

♫ J'ai lu "Le Roman de Murat" de Yann Bergheaud (et de Marc Besse surtout)




Je précise d'entrée que je n'ai rien contre Yann Bergheaud, avec qui j'avais eu un échange bref mais courtois à l'époque de l'aventure Coups de tête

Je n'ai rien non plus contre Marc Besse, que je ne connais pas.


Le fils de Murat est légitime pour l'exercice de la "biographie", on se dit qu'il y a aura de la belle matière inédite.


Mais...


1) Il y a un hic de taille, récurrent dans ce cas de figure des enfants qui n'ont pas été élevés par leur père et qui n'ont pas vraiment vécu avec : la coquille devient sérieusement vide niveau autobiographie.

On comprend mieux pourquoi Yann Bergheaud a senti le besoin d'écrire ce livre avec un autre, car la teneur en souvenirs persos reste mince, voire sans intérêt. Le bandeau est éloquent : "Tout ce qu'on aurait pu se dire"...


Paradoxalement, c'est Marc Besse qui apporte son lot d'anecdotes journalistiques sur Murat, pas vraiment moins inintéressantes (une vache vient perturber une interview... bon...).


2) Le vrai problème de ce livre, c'est son écriture : grandiloquente, verbeuse. Beaucoup de baratin pompeux pour ne rien dire. Ça sent le remplissage à force.

Les deux auteurs s'attardent aussi sur des albums secondaires - à mes oreilles - de la discographie de l'Auvergnat : le premier enregistrement en concert de 1995 et Live in Dolores (1998), quand d'autres disques sont évacués en quelques lignes...


3) L'autre problème majeur, en plus du "style" ampoulé, réside dans les références constantes, incessantes, insistantes, fatigantes, à Bashung ! C'est comment qu'on freine ? On n'en peut plus, ça ne s'arrête jamais, c'en est presque vexant pour le pauvre Murat... En fait, Marc Besse a fait une bio "référence" sur Bashung, et du coup, il en est toujours imprégné aujourd'hui (et ça vire à l'obsession, c'est quasi pathologique). 


Yann Bergheaud a dû se laisser convaincre par son coéquipier que toutes ces références à Bashung étaient pertinentes et toujours bienvenues, mais il y a rapidement saturation, tant Marc Besse a eu la main lourde. Une fois encore, je ne le connais pas, je n'ai rien contre lui. Mais je ne suis pas sûr que Murat aurait apprécié d'être comparé 150 000 fois (j'exagère à peine) à Bashung dans un livre, surtout s'il est censé être un hommage de son propre fils.


4) Autre problème (ça commence à faire beaucoup) : la plupart des citations ne sont pas (ou mal) sourcées. Quand tu prétends faire un travail journalistique de référence, la moindre des choses est de soigner cet aspect. Marc Besse a déjà été épinglé pour sa désinvolture en la matière, dans un article sur sa bio de Noir Désir.



5) Et je ne parle pas de la construction anarchique du livre (pourtant, ça démarre plutôt bien, avant que ça ne parte en vrille dans tous les sens à mi-chemin).


6) Et je ne parle pas non plus de ce problème récurrent bien français : à savoir que "Pour la plupart, le sérieux, c'est l'air sérieux" (dixit Jean-Edern Hallier, in Journal d'outre-tombe).


Enfin, les auteurs insistent deux fois pour dire à quel point la pochette de Bettina Rheims était superbe. Je ne veux pas être parano mais je me demande si cette réflexion n'était pas tournée contre moi, pour insister à ce point sur le fait que Bettina Rheims a bien photographié Jean-Louis et de la plus belle des manières, soi-disant... En tout cas, ce n'était pas l'avis de la photographe, puisqu'elle n'avait gardé aucun souvenir de son travail avec Jean-Louis (raison pour laquelle elle m'avait dit qu'elle ne l'avait jamais photographié) et de plus, elle estimait que cette photo n'était pas une réussite, sentiment partagé avec Murat d'ailleurs, de son propre aveu. Elle n'avait même pas jugé utile, à l'époque où elle avait son site internet officiel, de mettre la pochette de Murat dans sa galerie des pochettes de disques réalisées dans sa carrière...


Bon, Coups de tête est cité une fois, même si les extraits de mes interviews avec Hebey, Sheller et CharlElie Couture sont nombreux, sans être sourcés (à part les propos de Sheller, qui sont attribués à une autre source, fausse donc...) 


Par contre, quand il s'agit d'extraits d'une émission avec Laure Adler, là, il n'y a pas de souci, on peut la citer en veux-tu en voilà, c'est Laure Adler ("la maïeuticienne Laure Adler"), c'est la grande classe, c'est chic, c'est bon chic bon genre. Les sources, c'est comme les chasseurs des Inconnus : il y a les bonnes et les mauvaises sources... 

Le sérieux, c'est l'air sérieux, n'est-ce pas ?

Me vient à l'esprit ce que Philippe Muray écrivait sur Laure Adler de sa plume piquante, dans son journal notamment, et je ris intérieurement.




Pour terminer : Murat est mort il y a 3 ans déjà. On aurait aimé avoir le regard du fils sur ce qui s'est passé depuis, sur les jours d'après, sur les hommages (aux Victoires de la musique par exemple), sur le traitement de sa disparition dans les médias, son regard sur les obsèques (puisqu'il y était), sur l'avenir, l'héritage de l'œuvre, etc. Mais peut-être n'a-t-il voulu froisser personne... 

Tel père, tel fils ? Pas vraiment, on n'est clairement pas chez les Ferré ici.


Préférez à cette lecture inutile un bon "livre de merde à la Manset"*, vous me remercierez.

* Copyright : J.-L. Murat





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