dimanche 18 mai 2014

♫ Mon interview de Corine Marienneau (Téléphone)

Après Sheller, Murat et Manset, voici mon interview de Corine Marienneau (la bassiste de Téléphone) publiée dans mon livre Téléphone de A à Z, sorti en 2004 et épuisé aujourd'hui :



J'ai découvert Téléphone en classe de 5ème, ma prof de musique nous avait fait étudier la chanson "Le Chat". Saviez-vous à l'époque que Téléphone était ainsi enseigné dans les cours ? Pouvez-nous nous dire quelle a été votre part d'implication dans cette chanson ?

Je le savais à propos de "La Bombe humaine", mais pas à propos du "Chat". C'est une chanson que j'ai écrite et composée seule chez moi au départ. Elle s'appelait "Au fil du temps", et les paroles avaient un style intellectualo-philosophico-je ne sais quoi. Sûrement très profondes, mais pas du tout séduisantes. La musique a beaucoup plu à mes collègues de bureau, mais les paroles pas du tout. Jean-Louis a écrit l'histoire du "Chat". J'ai détesté. Je ne pouvais pas la chanter. C'était un texte macho et prétentieux, et puis je me suis aperçue qu'en changeant 2 ou 3 verbes, la chanson prenait un sens complètement différent. Par exemple, j'ai remplacé "il DONNE l'amour" par "il VOLE l'amour". Je crois que je n'ai pas changé plus de 3 mots dans la chanson, et elle est devenue mienne. Étonnant, non ?

Pouvez-vous attribuer un adjectif qualificatif à chacun des albums de Téléphone :

Anna : Brut
Crache ton venin : déchirant
Au cœur de la nuit : concentré
Dure limite : dispersé
Un autre monde : délité
Le live : authentique
Paris '81 : historique

Participiez-vous activement aux séances de mixage ou faisiez-vous confiance aux autres en général ? Avez-vous quelques regrets par rapport à la façon dont vous entendiez une chanson dans la tête et ce qu'elle est devenue sur bande ensuite ?

Je me considérais comme nettement moins compétente que les "producers", et j'avais une confiance débordante en Louis. D'une manière générale, Richard et moi avions fait le choix de laisser faire les 2 autres, afin de ne pas compliquer le travail. Je n'intervenais que si quelque chose m'apparaissait comme incontournable. Et puis je n'avais pas cette capacité de "rêver" la musique.

Que vous a appris l'aventure Téléphone ?

Waouh !! !! !! Tant de choses !! !! Entre autres, que l'individu ne m'intéresse que lorsqu'il se met en relation avec les autres, et que ces relations créent quelque chose de plus grand que l'individu.

Croyez-vous au destin ?

Notre destin serait-il de créer notre destin ?

Votre album solo sonne très autobiographique et on a l'impression que vos idéaux n'ont pas changé. Quelle est la différence entre la Corine de 2004 et la Corine de Téléphone ?

Effectivement, il me semble que mes idéaux n'ont pas changé. La Corine de 2004 est bien sûr la même que celle de TELEPHONE, avec bientôt 30 ans de vie en plus. 52 ans dans ma chair, un enfant à guider, quelques désillusions douloureuses et sans doute salutaires en fin de compte, quelques rencontres magnifiques, une quête qui reste effrénée, mystérieuse. Une incertitude.

Quelle place a la musique aujourd'hui dans votre vie ? Qu'écoutez-vous en ce moment ? Avez-vous entendu des choses récentes dont vous vous êtes dit : "C'est génial " ? Ou des artistes à côté desquels vous étiez peut-être passée à une époque et que vous redécouvrez aujourd'hui ?

Samedi dernier, ma fille et moi avons écouté dans la voiture sur l'autoroute une vieille cassette avec du Led Zeppelin, Rickie Lee Jones, Allen Toussaint, Stones, Who. Bien fort. C'était super. Aujourd'hui, lundi, je n'ai rien écouté du tout. Je n'écoute pas énormément de musique. C'est irrégulier. Beaucoup de choses me plaisent. Ça dépend des circonstances. Dans un pub irlandais, assise à côté de trois guitaristes folk, de 2 violonistes et de tous les clients qui chantent super juste à plusieurs voix, et qui tapent sur les tables, je trouverais le folk irlandais absolument génial, alors que je ne pourrais pas en écouter chez moi à Paris. J'aime sentir les gens qui jouent et qui mettent leur âme dans leur jeu. Récemment, quelqu'un m'a fait écouter Kelly Joe Phelps. C'était doux et reposant. Un jeune homme de 15 ans m'a demandé de lui apprendre la basse d'un morceau de Radiohead. J'ai bien aimé.

De quoi êtes-vous la plus fière dans l'œuvre de Téléphone ?

De l'intensité, de la force, de la générosité, de l'intelligence, de l'énergie, de la foi, de l'amour, de l'ardeur, du temps, de la sueur, de l'humour, de la rage, du pardon, de la conscience, de la folie, de l'émotion, des pleurs, de tout ce que nous avons donné, certains sans compter, certains en comptant, pour que l'œuvre de TELEPHONE soit.

Avez-vous l'impression que la démagogie et le cynisme ont encore gagné du terrain dans le show-bizz ou était-ce à peu près pareil avant ?

Il y a des hauts et des bas dans l'histoire humaine. C'est une assez mauvaise période, dans le show-biz, comme ailleurs. J'en veux beaucoup aux gens brillants qui mettent leur intelligence au service d'actions qui ont pour but d'exploiter les bas instincts des gens, afin de gagner le plus d'argent possible. Ils font un très grand tort à la famille humaine, qui rame depuis de nombreux millénaires pour sortir de la barbarie et évoluer vers plus de conscience.

Qu'est-ce que Téléphone avait, que Les Visiteurs n'avaient pas, et vice versa.

Une alchimie rarissime entre 4 personnes de la même génération aux talents miraculeusement complémentaires, ce qui nous a donné la puissance d'un symbole. Les Visiteurs n'avaient rien d'un groupe. Nous avons sans cesse changé de musiciens en espérant reproduire le miracle, tout en sachant que ça ne serait pas.

Si à l'époque de la rupture de Téléphone, on vous avait prédit le parcours musical que chacun aurait par la suite, est-ce que vous referiez la même chose ou croyez-vous que les quatre membres feraient plus d'efforts pour poursuivre l'aventure dans les meilleures conditions humaines et musicales possibles ?

Je suis dans l'incapacité bénéfique de répondre à ce genre de "si" questions.

Quelle est la plus belle rencontre professionnelle que vous ayez faite à l'époque de Téléphone (hormis les musiciens du groupe) ?

J'ai croisé énormément de monde sans vraiment parler de rencontre. Certains m'ont délicieusement impressionnée en un regard comme Bob Marley ou Rickie Lee Jones.

Vous sentez-vous isolée musicalement aujourd'hui ?

J'ai des difficultés à répondre à cette question compliquée pour moi.

Continuez-vous à écrire des chansons ?

De manière irrégulière. J'écris un peu de tout. J'aimerais être plus productive, mais je suis ma pire ennemie et ma pire critique. Je me censure beaucoup. Chères vieilles névroses !!

Vous êtes remontée sur scène pour la tournée de votre album solo, avez-vous ressenti une nouvelle magie, les frissons des débuts ?

Oui, et avec un grand enthousiasme, en particulier lors des 3 derniers concerts de l'été 2003, pendant les actions des intermittents du spectacle. La musique, les paroles et l'émotion étaient renforcées par la nécessité de rentrer à nouveau en lutte contre le libéralisme ravageur, et je me suis sentie agréablement efficace et à ma place.

A quand votre deuxième album solo ?

Heu ? Je ne sais pas. Le plus tôt possible, on va dire !

Y a-t-il une vérité à rétablir sur Téléphone ?

Bien sûr. Mais tout le monde n'est pas prêt à l'entendre, à commencer par les membres du groupe.


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