jeudi 22 mai 2014

♫ Mon interview de Romain Humeau (EIFFEL)

Après Sheller, Murat, Manset, Corine Marienneau de Téléphone, Vive la Fête et Sébastien Schuller, voici mon interview de Romain Humeau réalisée pour Bakchich en 2009 (à l'occasion de la sortie de l'album A tout moment). J'avais déjà mis cette interview sur l'ancienne version du blog, mais je la ressors aujourd'hui dans la foulée des autres :

Question : A chaque album, Eiffel change de line up, comment expliques-tu cette instabilité ? Le binôme que tu formes avec Estelle, vrai noyau depuis le début, ne suffit-il pas pour être Eiffel ? La formule groupe-couple te fait-elle peur ?

Romain Humeau :
Non, on ne le voit pas comme ça. Il y a eu 6 ans très stables jusqu’au “1/4 d’heure des Ahuris”, 5 ans avec valse des ministères de 2002 à 2007, une période pénible à ce niveau, mais quels groupes ont duré aussi longtemps sans changements? Cela correspond à notre histoire, particulière certes mais tout de même là. Et puis depuis début 2007, nous sommes à nouveau au 3/4 du début avec Nicolas Courret et Nicolas Bonnière qui nous a rejoints. Avec Estelle à la basse, cela donne un très bon équilibre au groupe, je le sens puisque j’y suis, de fait, au centre. Je n’ai jamais pensé à la formule couple mais je pense qu’il n’y aurait aucun intérêt, ni pour Estelle, ni pour moi, ni pour la musique.

Question :   
Qu’est-ce qui a changé pour Eiffel depuis le changement de maison de disques ?

R.H. :
Le changement de maison de disque n’a pas changé Eiffel, nous nous sommes changés tout seuls. Nous avons juste pris le temps de construire ce Studio des Romanos dont nous avions déjà l’idée en 2000. Nous savions que l’avenir d’Eiffel et des projets que j’aurai en parallèle résidait dans cet outil. Soit on se dit qu’on est là pour cartonner, soit on se dit qu’on est là pour bâtir une histoire avant de crever, même si c’est dérisoire. On est plus dans l’être que dans le paraître. Une des brèves de comptoir que j’ai lue dernièrement dit en substances ceci : “Si on mettait une turbine sur tout les désespérés, l’énergie du désespoir fournirait de l’électricité”, et bien c’est toujours un peu ça, on avance, on ne sait pas pourquoi mais on le fait. “Je m’obstine”, c’est ça.

Question :
De qui te sens-tu le plus proche dans le paysage musical français actuel ?

R.H. :
Compliqué de répondre à cette question, on pourrait dire à l’arrache et pour l’état d’esprit et non pour le genre musical : Brigitte Fontaine, Gojira, Stuck in the Sound, The Do, Loîc Lantoine, Debout sur le Zinc... Il n’y a rien en Rock chanté en Français que nous puissions nous mettre sous la dent en ce moment, désolé !      

Question :
Voici les cinq meilleures ventes d’albums en France : 1) Michael Jackson 2) Benjamin Biolay 3) Renan Luce 4) Hugues Aufray 5) Rammstein. Un petit commentaire ? Parmi eux, vers qui vont tes préférences ?

R.H.
 M. Jackson, j’ai toujours été un grand fan, j’avais acheté le vinyle de Thriller à 11 ans en 82 à Paris en vacances chez mon peintre d’Oncle. J’ai toujours adoré la manière dont il dansait, et dont il chantait, comme un batteur, très rythmique et en même temps, on ne peut plus sensuel. Et puis, ce sont les premières Boums et tout ce qui va avec. Benjamin Biolay, je respecte beaucoup ce qu’il fait, c’est bourré d’idées, de choses originales. On a finalement un peu le même parcours, d’un côté autodidacte, de l’autre premiers prix de conservatoire etc... Il a notamment découvert bien des choses avec Clit Boris, ex chanteur de l’affaire Louis Trio, eux mêmes très fans d’XTC dont j’adore toujours autant la musique (j’ai écrit à Andy Pardtrige quand j’avais 18 ans mais il ne m’a jamais répondu...). Par contre avec B.Biolay, contrairement à Gainsbourg, il n’y a pas le climax...et c’est quand même ce que je cherche dans la musique que j’écoute...mais vraiment pas mal du tout quand même. Renan Luce, même si ça ne me touche pas, je dois avouer que c’est le meilleur auteur de la vague ”néo chanson française réaliste”. Il arrive foutrement bien à éviter tout ce qui est cuisine Ikea, frigo, playstation, amour en demi-teinte en matant la télé et en mangeant des pizzas. Ouais, il évite bien tout ça avec une bonne plume et une voix charmante. Et encore une fois, même si ça ne me transcende pas, il a le grand mérite de faire son truc sans participer à cet attroupement de mollusques néo-régressistes. 68 n’a pas donné que des bonnes choses mais enfin ça s’est passé il y a 41 ans, parfois on a l’impression d’entendre des chansons antérieures à cette date là... Une saveur “Douce France” qui me fait flipper, Trénet me fait flipper par exemple... Hugues Aufray : Je connais ses premières chansons car mon père m’a appris la guitare avec entre autres H. Aufray. J’aime bien le mec, mais je ne sais pas ou il en est... Rammstein, j’adore le morceau Rammstein qui est utilisé pour la B.O de Lost Highways de D.Lynch. Je l'ai écouté souvent. Par contre j'ai vu des bouts de live et là pour moi c'est Spinal Tap, à mourir de rire !   
 
Question : Au bout de quatre albums studio de Eiffel, quel regard portes-tu sur l’évolution musicale du groupe ?

R.H. :   Je n’en ai aucune idée, c’est trop tôt me semble-t-il... J’espère qu’il y aura 30 albums d’Eiffel, 10 albums solos et 100 projets parallèles et que là, on pourra en parler et juger, en Enfer ou au Paradis, pardi !

Question :   Quelle est la plus grande chanson de tous les temps pour toi ?

R.H. :
C’est inévitablement une chanson des Beatles....J’aime tout de manière irraisonnée. Cela dépend de l’humeur...J’hésite entre “Julia” chanson venue d’ailleurs et “I’m the Walrus” chanson venue d’ailleurs itou... Allez! “I’m the Walrus”. Mais avec une autre humeur ça aurait pu être “The Mercy seat” de N. Cave !!!

Question :
Tu as déclaré que le précédent album s’ouvrait sur une chanson en anglais pour faire chier le monde. Et sur ce nouvel album, y a-t-il un morceau destiné à jouer ce rôle ?

R.H. :
Oh... J’ai répondu ça pour varier les plaisirs, en interview, il faut savoir s’amuser... Non, aucune chanson de cet album, ni des autres n’est dédiée à faire chier le monde. Mais je ne m’inquiète pas, elles font déjà toutes chier nos détracteurs. Et on en a !!! Là dessus, je suis assez fier !!!

Question :
Dominique A a recyclé sur son dernier album une chanson qu’il avait écrite pour Bashung. Tu avais également été sollicité par Bashung lors des sessions de préparation à « Bleu pétrole ». Que reste-t-il de ce travail ? Quel souvenir gardes-tu de Bashung ? Comment trouves-tu l’album « Bleu pétrole » ?

R.H. :
La chanson de Dominique A dont tu parles est “Immortel” et j’ai travaillé dessus pendant 10 jours en 2006 à ICP/Bruxelles. J’adore cette chanson, j’avais produit ça avec des verres à eau dont jouait fort bien Fay Lovsky, des slides que jouait Tres Manos (ex guitariste des Urban Dance Squad), des guitares Tournevis que jouait Adrian Utley (le guitariste de Portishead) et j’y faisais les batteries, guitares acoustiques, basses, choeurs et Harmonium. Daniel Darc, Marcel Kanche, Miossec étaient là aussi… De ce travail, il reste neuf chansons prêtes à mixer avec différentes solutions, mais les textes n’étaient malheureusement pas tous là. Alain était un garçon très gentil. Très secret et tourmenté aussi. La chanson de Bleu Pétrole que je préfère est “Comme un lego” écrite par G. Manset. Le reste ne me touche pas trop, quand on a eu Fauque et Bergman comme paroliers, ça peut être dur après... En son, “Bleu Pétrole” sonne aux antipodes de ce dont me parlait Alain en 2006, c’est très fin et lissé, très chiadé, alors qu’on ne parlait que de Palace, Will Oldam, Johnny cash et d’un son roots...

Question :
Pour qui aimerais-tu écrire des chansons ?

R.H. :
Brigitte Fontaine, Vanessa Paradis, J Birkin, J Higelin....beaucoup d’autres artistes. Mais aussi pour des gens qui ne chantent pas d’habitude... Sebastien Chabal ou Imanol Harinordoqui!!!....on verra...

Question :
Tu reprends un texte de Villon sur le nouvel album. Quels sont tes écrivains et poètes préférés ? Peux-tu nous parler de ton rapport à leur œuvre ?

R.H. :
Je ne suis pas assez cultivé pour faire le malin là dessus...J’ai adoré “Les Fontaines Silencieuses” et “Rag time” de Calaferte...en ce moment je lis René Char.... beaucoup aimé ”La nuit remue” d’H. Michaux....bien sûr les incontournables, Rimbaud, Baudelaire, Nouveau, Lautréamont etc... Et puis Vian bien sûr !

Question :
Tu disais dans « J’ai poussé trop vite », sublime chanson d’Eiffel : « J’ai poussé trop vite / J’ai bien appris ma leçon / Voyez comme ça vient vite d’être un con ». A qui pourraient s’appliquer ces paroles dans le paysage médiatique ou musical français aujourd’hui ? Les candidats de "la nouvelle star" par exemple ?

R.H. :
Oh , Pas que, pas que....
Les candidats de "la Star Ac"sont plutôt à plaindre, par contre les gens qui les manipulent sont de vrais enculés mondains. Mais "la star ac" n’est pas le seul endroit de l’industrie du disque où tout est toc, à notre époque, on peut en trouver partout, dans le rap, dans la chanson engagée, dans le rock etc....bref, on est cernés. Alors, il vaut mieux rire. Et continuer. On verra.... 


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